Originaire de Rouen, Dominique Sarah est à la tête du Gallia, théâtre et cinéma de Saintes, depuis 2014. Elle est revenue pour Territoire d’émotions sur sa carrière et le métier de programmatrice.
TdE : Quel a été votre parcours, avant d’arriver à la direction du Gallia ?

Depuis très jeune, j’ai toujours été engagée dans le domaine du spectacle vivant. Je suis une véritable passionnée de théâtre, j’avais beaucoup d’amis comédiens, musiciens, alors que je ne pratiquais pour ma part aucune activité artistique. Mais j’aimais « donner le coup de main » dans l’ombre des copains… Après des études de lettres, j’ai eu diverses expériences professionnelles dans des théâtres où j’ai débuté comme attachée de relations publiques. J’ai eu la chance de débuter dans l’effervescence artistique des années 85… J’ai créé un pôle jeune public dans un théâtre dans la banlieue universitaire de Rouen. J’ai aussi œuvré dans un théâtre au Havre comme attachée à la programmation en direction de la jeunesse… Et puis, j’ai repris un cycle universitaire en Master 2 de « Conception de projets culturels » à l’université de Rouen.

Avant la direction du Gallia à Saintes, je dirigeais un théâtre en Normandie, j’en ai conçu le projet, sa mise en œuvre et son développement jusqu’à ce qu’il rejoigne le réseau national des « scènes conventionnées », théâtres labellisés par le Ministère de la Culture.

 

TdE : Qu’est-ce qui fait que l’on embrasse une carrière dans le milieu culturel ? Qu’est-ce qui vous anime ?

J’ai toujours été une spectatrice assidue, en plus d’être une grande lectrice… J’ai plus appris du monde par le théâtre et la littérature que pendant mes études. Il me semble que la littérature comme le théâtre aident à lire l’humanité, l’histoire, à comprendre notre monde et notre rapport à celui-ci.

Ce que j’aime dans théâtre, c’est que c’est un art archaïque, ancestral, éphémère qui s’inscrit dans le temps présent. Il y a la présence, le jeu des acteurs de chair et de sang devant nous qui nous racontent des histoires qui transcendent le réel. On ne retrouve cela dans aucun autre art. Le spectacle vivant agit sur la mémoire durablement. C’est, à la fois, un endroit de perceptions des émotions qui ouvre l’esprit et l’imaginaire.

C’est cette expérience que j’essaie, bien modestement, de transmettre aux spectateurs,  une expérience où l’on apprend à décrypter le monde.

 

TdeE : Quelles qualités cela requiert-il ?

La première qualité pour diriger un théâtre c’est la curiosité et l’écoute de l’autre. C’est aussi la mobilité et la disponibilité pour aller découvrir, rencontrer des artistes, suivre leur travail… C’est aussi connaître le maillage professionnel du territoire, ses réseaux. Être en capacité de dialogue autant avec des artistes qu’avec des partenaires institutionnels et politiques… C’est aussi être en capacité de proposer un projet artistique et culturel qui s’inscrive en cohérence avec un contexte territorial.

 

Y-a-t-il un souvenir, un moment, une émotion liée à un spectacle que vous gardez tout particulièrement en mémoire ?  

J’ai découvert le théâtre d’abord en tant que spectatrice. Je me souviendrai toujours de ma première pièce qui n’était pourtant pas une pièce facile. Je devais avoir 14 ans (c’était Le Cercle de Craie caucasien de Bertold Brecht dans une mise en scène de Benno Besson). Cette pièce dont je n’avais pas compris à l’époque tous les enjeux, mais dont l’histoire autour de l’enfant abandonné, m’avait profondément bouleversé car elle me renvoyait à cette époque à ma propre histoire … Oui cela m’a profondément marqué. C’était mon premier choc émotionnel théâtral !

 

Quel est le rôle d’un théâtre comme le Gallia au sein de son territoire ?

La création est au cœur de notre projet et nous aidons la production de spectacles par différents moyens (aide à la coproduction, accueils en résidence…). Nous sommes attentifs aux propositions artistiques nouvelles issues du territoire Nouvelle Aquitaine, aux côtés d’artistes plus confirmés ou de renommée nationale ou internationale.

 

Notre mission se définit dans un dialogue constant avec nos différents partenaires publics qui subventionnent ce théâtre : la ville de Saintes, le département de Charente Maritime, la région Nouvelle Aquitaine et l’État. Il s’agit donc de concevoir un projet qui puisse répondre en partie aux attentes des politiques territoriales de nos partenaires et d’établir des liens de complémentarités entre les différents échelons de ce territoire. Depuis mon arrivée en 2014, je suis notamment attachée aux projets de coopérations construits en partenariat avec d’autres structures culturelles du territoire, sur le plan local (avec l’Abbaye aux Dames pour les musiques savantes et Coconut’s music pour les musiques actuelles…).


Le Gallia a-t-il une spécificité artistique ?

Nous ouvrons des fenêtres sur les nouvelles esthétiques et les écritures contemporaines. Les auteurs vivants que ce soit pour la jeunesse ou les adultes nous intéressent particulièrement. Nous finalisons en ce moment notre convention avec le ministère de la culture pour l’obtention du  label « Scène Conventionnée d’Intérêt National Art et Création » pour une durée de 4 ans. Cette convention définit le projet artistique et culturel du Gallia, autour des plusieurs axes : le soutien à la jeune création et l’émergence de nouveaux talents ; une programmation pluridisciplinaire autour de la « théâtralité », des nouvelles esthétiques et des écritures contemporaines ; des projets de coopérations avec d’autres structures culturelles ; une politique d’ouverture à tous les publics et une politique de médiation culturelle inventive pour accompagner ces publics aux spectacles.

 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait travailler dans le milieu culturel ? 

Il doit y avoir une motivation profonde à vouloir travailler dans le secteur artistique et culturel, c’est je crois la première nécessité. Après, les chemins peuvent être multiples, il n’y a pas de parcours ou de voie royale pour y parvenir…

Plusieurs métiers forment le paysage culturel et artistique. Aujourd’hui, de nombreux cursus universitaires existent. La possibilité de faire dans un premier temps des stages dans différentes institutions culturelles me semble un bon moyen pour faire connaissance concrètement avec la réalité professionnelle. Je dirais aux jeunes, selon leurs affinités personnelles, de ne pas hésiter à demander des conseils. Pour ma part, il m’arrive fréquemment de rencontrer des étudiants qui souhaitent des renseignements sur certaines professions dans le secteur. Je trouve que c’est aussi notre responsabilité que d’accompagner (quand on peut) des jeunes gens, cela fait partie de notre rôle de « passeur » dans tous les sens du terme.

 

Merci Dominique !

Gallia Théâtre Cinéma, à Saintes (17) :

www.galliasaintes.com

facebook : @galliacinema et @galliatheatresaintes