À 39 ans tout juste, Ian Lipinski compte parmi les skippers les plus prometteurs de sa génération. Il a connu les plus grands succès en Class Mini et s’embarque depuis 2018 pour de nouvelles aventures, encore plus palpitantes, à bord du « Crédit Mutuel », un Class 40 révolutionnaire. Rencontre avec un passionné.

Ian, quel est votre premier souvenir de voile ? À quel âge et où avez-vous commencé ?

J’ai commencé la voile à l’école des Glénans en Bretagne à l’âge de 15 ans

Quand avez-vous envisagé que la voile devienne votre passion et votre métier ?

Je crois qu’on ne décide pas d’une passion, elle s’impose d’elle-même. Je pense que j’ai eu tout de suite un très fort attrait pour la voile. Au début, tout me semblait magique et me procurait un énorme sentiment de liberté. Cette passion m’a suivi des années avant que j’envisage d’essayer d’en vivre professionnellement. À la fin de mes études, je pensais faire une parenthèse comme moniteur de voile pendant un an. Finalement cela a duré quatre ans. Puis je suis parti en couple en voyage autour de l’Atlantique pour vouloir enfin essayer de me lancer dans la course au large. Je me suis un peu laissé emporter par cette passion au cours des années… Lentement mais sûrement !

Quelles qualités faut-il pour s’engager dans une carrière de skipper ?

Je pense que beaucoup de profils peuvent y mener. Mais quels que soient les profils, la détermination voire l’obstination peuvent se révéler utiles. La passion est évidemment un moteur nécessaire pour avoir l’énergie de surmonter les obstacles.

Après un palmarès impressionnant en Classe Mini, vous vous engagez pour de nouvelles aventures sur le Class 40 Crédit Mutuel. Dans quel état d’esprit envisagez-vous ce « changement de pointure » ?

L’aventure en Class40 avec le Crédit Mutuel a commencé en 2018 lors de mes premières rencontres avec Daniel Baal puis Nicolas Théry. C’était alors une chance incroyable pour moi de pouvoir présenter un tel projet, je n’osais pas y croire. À ce moment, je travaillais comme petite main dans une équipe qui préparait le Vendée Globe. Tout de suite je me suis mobilisé à 300% pour saisir cette chance. Mon excitation était à son comble !

Banque image Jacques VABRE du CLASS 40 CREDIT MUTUEL – LIPINSKI – HARDY

 

Vous avez souvent testé des prototypes et des architectures de bateau innovantes. Est-ce que vous pouvez nous expliquer, simplement, les innovations de votre bateau, le Crédit Mutuel ?

L’innovation du Class 40 Crédit Mutuel réside dans la prolongation d’un concept dit de « scow » développé par David Raison sur les minis 6.50. Le concept existait déjà en mini mais n’avait jamais été appliqué dans les autres classes, en particulier en Class 40. Un scow est un bateau large à l’avant, avec un nez « spatulé » comme l’avant d’un ski pour essayer de rester au-dessus des vagues et non les traverser.

Est-ce que vous vous sentez une responsabilité particulière à la barre de ce nouveau bateau ?

Je me sens la responsabilité de donner le meilleur de moi-même pour honorer la confiance qui m’a été donnée en me confiant un tel projet.

Vos premières courses – Tour des Îles britanniques, Drheam cup, Transat Jacques Vabre – depuis cet été sur le Crédit Mutuel sont déjà des succès. Est-ce que c’est grisant ? Avez-vous ressenti de nouvelles sensations ?

Oui, c’est satisfaisant mais on ne se laisse pas longtemps griser par les succès. Je regarde très vite devant moi et me focalise sur les échéances à venir : toujours continuer de progresser…

Concrètement, sur des courses de préparation, à quoi est-on attentif sur un nouveau bateau ? Comment « ressentez-vous » ce qui fonctionne et ce qui doit être affiné ? C’est de l’ordre de l’intuition, de l’expérience, ou est-ce qu’il y a des critères un peu objectifs qui vous guident ?

Les critères objectifs sont les comparaisons de vitesse avec les concurrents. Nous faisons ces comparatifs lors des compétitions mais aussi en entraînement à Lorient. Mais un voilier est une machine très complexe, beaucoup plus qu’un avion par exemple. Et c’est donc très compliqué à notre niveau et avec nos moyens de n’utiliser que des critères objectifs pour évaluer nos performances. Il y a donc énormément d’empirisme, et donc l’intuition et les sensations sont déterminantes !

 

Votre objectif avec le Crédit Mutuel est la Route du Rhum 2022. Mais après ? Avez-vous un rêve de course que vous aimeriez réaliser ?

Tout comme la plupart de ceux qui pratiquent la course au large comme moi, le rêve est de pouvoir un jour participer à un Vendée Globe !

Comment est-ce qu’on prend en compte ses émotions en course ? C’est quelque chose qui peut vous booster, ou au contraire vous limiter ?

En course au large en solitaire, nous avons pour credo : « moral stable ! » Mais c’est une ligne de conduite impossible à tenir. Le déficit de sommeil et la compétition rendent la vie assez dure en mer. On oscille souvent entre des moments d’euphorie et d’autres de grandes déprimes… et plusieurs fois par jour !

Vous êtes également pilote de planeur. Quelles autres sensations ou émotions vous procure cette autre passion ? Vous n’êtes pas bien sur la terre ferme ?

Les deux activités sont très proches. Il s’agit dans les deux cas d’utiliser les mouvements de l’air pour se déplacer. Dans les deux disciplines, il faut être à l’écoute et en éveil sur ce qui se passe dans la nature autour de nous. C’est un état d’esprit vraiment comparable. Il y a aussi la notion de risque et de comportement responsable à avoir vis à vis de ce risque. Rester humble, connaître ses limites…

En tant que skipper, quelle serait votre limite ? Qu’est-ce qui vous ferait dire « non, je ne pars pas pour cette course » ?

Évidemment, les conditions météorologiques ! Je me suis déjà retourné une fois en 2013 et je n’ai pas envie de recommencer !

Merci Ian, continuez à nous faire rêver à bord du Crédit Mutuel et… bon vent !

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